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El Agua

D'Elena López Riera
Fiction, Suisse, Espagne, France, 2022, 1h44, en espagnol s-t fr., 14/16

C'est l'été dans le sud-est de l'Espagne. Une tempête menace de faire à nouveau déborder la rivière qui traverse le petit village où habite Ana, qui rêve de quitter la région. Une ancienne croyance populaire assure que certaines femmes sont prédestinées à disparaître à chaque nouvelle inondation, car elles ont «l'eau en elles». Au bord de la rivière, une bande de jeunes essaie de survivre à la lassitude de l’été, ils fument, dansent, se désirent. Dans cette atmosphère électrique, Ana et José vivent une histoire d'amour, jusqu'à ce que la tempête éclate…
Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, à Toronto et à Zurich, tourné dans la région de Valence où la cinéaste a grandi et basé sur une importante recherche documentaire, El Agua raconte un territoire, ses croyances et ses cultures, et montre avec justesse trois générations de femmes qui cohabitent et s’épaulent quotidiennement dans cette atmosphère électrique qui précède la tempête. Vibrant et envoûtant.
«Dans un premier long-métrage magique, Elena López Riera convoque une tradition de son village natal, et fait déborder la force de l'eau autant que celle de l'adolescence» (Libération)
«Un premier film mystique et résolument féministe.» (Les Inrockuptibles)
«Le cinéma espagnol se porte bien, en témoigne la prodigieuse récolte de films émanant de jeunes réalisateurs. On peut désormais ajouter à la liste le nom d'Elena López Riera, dont le premier long-métrage provoque un véritable envoûtement, embrassant toute une région. D'un matériau quasi anthropologique, la cinéaste tisse un récit mi-réel, mi-fantastique. Quant à l'héroïne, interprétée par Luna Pamies, disons qu'elle est pareille à une fée: la jeune comédienne fait des merveilles, son magnétisme rendant crédible la part fantasmagorique du récit. El Agua réussit un tour de magie, telles ces ailes d'oiseaux qui se déplient comme des éventails.» (Le Monde)


Rencontre cinéma
Mercredi 22 février à 20h en présence de la cinéaste
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Ashkal, l'enquête de Tunis

De Youssef Chebbi
Fiction, France, Tunisie, 2022, 1h31, v.o. s-t fr., 16/16

Dans un des bâtiments des Jardins de Carthage, quartier de Tunis créé par l’ancien régime mais dont la construction a été stoppée net au début de la révolution de 2011, deux flics, Fatma et Batal, découvrent un corps calciné. Alors que les travaux reprennent peu à peu, ils commencent à se pencher sur ce cas mystérieux. Quand un incident similaire se produit, l’enquête prend un tour déconcertant…
Avec Ashkal, l'enquête de Tunis, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs et lauréat du Prix de la critique au NIFFF en 2022, le cinéaste tunisien Youssef Chebbi réalise un polar fascinant, au cœur des Jardins de Carthage. Un premier long-métrage impressionnant, tant formellement que pour ses évocations politiques.
«Ancrant son récit dans un décor urbain où les buildings ultra-modernes côtoient les chantiers à l’abandon, Ashkal ("formes" en arabe) entraîne les codes du polar dans un territoire aux atours plus fantastiques. Tandis qu’elle plonge toujours plus profondément dans la noirceur de l’âme humaine, l’enquête réveille alors les spectres de l’histoire tunisienne.» (NIFFF)
«Thriller nocturne fantomatique, traversé de fulgurantes immolations, le premier film de Youssef Chebbi fascine autant qu’il perturbe.» (Bande à Part)
«Un film à la fois étrange, inquiétant, aux espaces démesurés mais confortables, rassurant, à la manière d’un musée richement meublé dont on se rendrait compte, une fois installés, accoutumés au lieu et à ses bizarreries, que les murs sont en train de se rapprocher et de se refermer sur vous. Un tour de force balancé sans rien de trop et avec une infime minutie par Youssef Chebbi.» (Libération)
«Ashkal frappe profondément parce qu’il enquête sur ce que peuvent nous dire et nous faire des images inouïes, qui pourtant se répètent, se reproduisent, hantent les visions comme des revenants.» (Positif)
«Ashkal sait se faire le témoin cinématographique, sensible et dérangeant, de l'entre-deux démocratique dans lequel se trouve précisément la Tunisie, et parvient à le faire résonner à la fois à une échelle beaucoup plus globale et dans des émotions universelles enfouies, libérées par la montée en puissance, toute en discrète maîtrise, vers un climax mémorable.» (Mad Movies)
«Une œuvre sombre et mystérieuse, formellement ambitieuse, qui place d’emblée son réalisateur, né en 1984 dans la capitale tunisienne, dans la galaxie d’un néosymbolisme arabe, misant sur les puissances visionnaires de l’image.» (Le Monde)

Rencontre cinéma
Jeudi 2 mars à 20h en présence du cinéaste
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Partenariat
Sortie en collaboration avec le Festival cinémas d'Afrique – Lausanne


Aftersun

De Charlotte Wells
Fiction, Royaume-Uni, États-Unis, 2022, 1h42, v.o. s-t fr., 16/16

Dans un club de vacances sur le déclin, à la fin des années 1990, Sophie, 11 ans, profite de ses vacances d’été avec son père, Calum. Alors que sa fille parvient aux portes de l’adolescence, Calum, lui, semble souffrir du poids de la vie, au-delà de son rôle de père. 20 ans plus tard, Sophie se remémore avec mélancolie ces moments de joie partagée, leur complicité, parfois leurs désaccords. Elle repense aussi à ce qui planait au-dessus de ces instants si précieux: la sourde et invisible menace d’un bonheur finissant. Elle tente alors de chercher parmi ces souvenirs des réponses à la question qui l’obsède depuis tant d’années: qui était réellement cet homme qu’elle a le sentiment de ne pas connaître?
Ce premier long-métrage de l’Écossaise Charlotte Wells a bouleversé le public de la Semaine de la Critique à Cannes. Primé dans de nombreux festivals et nommé aux Oscars dans la catégorie Meilleur acteur grâce à la performance de Paul Mescal, Aftersun associe l’innocence de l’enfance à la mélancolie de l’âge adulte. Avec une grande sensibilité, la cinéaste capture les instants volatils de ses souvenirs d’enfance et forme par fragments un tableau impressionniste d’une grâce infinie.
«Le film n'est pas seulement magnifiquement écrit et interprété – Paul Mescal n'a pas volé sa nomination aux Oscars –, Charlotte Wells a trouvé la pulsation parfaite, donnant par des effets de montage maîtrisés une étrangeté presque fantastique à son récit – la matière des souvenirs et des songes.» (Paris Match)
«Charlotte Wells, on l’aura compris, s’intéresse moins aux faits qu’à leur perception. Et tout son travail de mise en scène consiste à affirmer ce mouvement tremblé, ce point flou qui rejoue la victoire deleuzienne de l’image-temps sur l’image-mouvement, de la subjectivité sur le réel.» (Les Inrockuptibles)
«En associant d’un coup d’un seul innocence et mélancolie, Charlotte Wells nous foudroie comme rarement.» (Positif)
«L'Écossaise Charlotte Wells signe un premier film époustouflant de grâce qui reste avec le spectateur longtemps après sa première vision, un film vertigineux qui interroge le mystère de l'enfance, des souvenirs et des êtres que l'on aime sans les connaître vraiment.» (Le Point)
Charlotte de Wells à propos du film: «J’ai commencé à travailler sur Aftersun à l’école de cinéma. On regardait beaucoup de films comme Alice dans les villes de Wim Wenders, La Barbe à Papa de Peter Bogdanovich et bien d’autres, des films qui parlaient d’enfance et surtout de la relation père-fille. A cette époque, j’avais une vision très conventionnelle de mon film, de sa structure, de son intrigue, dans le sens où la relation était la source principale de tension. J’ai continué à travailler sur Aftersun alors que je réalisais des courts-métrages. J’ai passé beaucoup de temps à écrire des souvenirs, des descriptions de personnages, à penser à des univers. Des années plus tard, j’ai écrit le film très rapidement, en dix jours. Je n’avais pas prévu la tournure qu’il prendrait. J’ai passé tant d’années à décrire mes propres souvenirs, à apprendre pourquoi il m’était si nécessaire de faire ce film, à me poser des questions sur ma relation avec mon père, sur cette période de ma vie que je n’avais jamais osée interroger avant... Ce film est devenu de plus en plus personnel. Pendant la préparation, j’ai cherché dans des albums de famille. Petite, je suis beaucoup partie en vacances avec mon père. J’ai trouvé cette photo de nous dans le sud de l’Espagne, je devais avoir 5 ans. Il y avait une très belle femme derrière moi. Je me suis demandé alors qu’aurait pu être le vrai sujet de cette photo. Au départ, c’était l’histoire d’un père et de sa fille en vacances et de comment le père trouvait l’équilibre entre le fait d’être père et jeune homme en même temps. Mais cela a beaucoup évolué. C’est au final devenu une quête des souvenirs, une recherche sur notre implication à chercher des réponses dans le passé qu’on ne trouvera peut-être jamais.»


Pamfir

De Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk
Fiction, Ukraine, France, Pologne, Chili, Luxembourg, 2022, 1h40, v.o. s-t fr., 16/16

Leonid est un bagarreur et lutteur notoire. On le surnomme Pamfir (littéralement «pierre») tant c’est un colosse. Parti travailler à l’étranger, il est de retour dans la campagne ukrainienne, où il retrouve sa femme et son fils. Souhaitant que ce dernier puisse choisir d’autres chemins que la violence, il fait le serment de ne plus faire de contrebande, une tradition dans cette région dominée par un garde-chasse nommé Oreste. Tandis que chacun apprête son masque pour les célébrations de Malanka, le carnaval d’hiver, Pamfir est rattrapé par des dettes et doit renouer avec son passé. Au risque de tout perdre…
Véritable sensation de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Pamfir, premier long-métrage du cinéaste ukrainien, associe traditions populaires et cinéma de genre, faisant de son personnage un héros mythique de l’Ouest ukrainien.
Ancré dans les Carpates de l’oblast de Tchernivtsi, où se mêlent rites païens et croyances en la Sainte Trinité, le récit fait ressurgir un passé trouble et des peurs ancestrales dans la vie de Pamfir, tout en dévoilant peu à peu sa défiance vis-à-vis de Dieu. Grâce à une mise en scène toujours en mouvement et une habileté virtuose à chorégraphier les corps, le réalisateur confère à son film un souffle remarquable et provoque des sensations intenses, que vient renforcer une photographie aux tonalités rouges, vertes et bleues. Surpassant le cinéma de genre, le cinéaste mêle le néo-western au film noir et à la tragédie religieuse, façonnant ainsi une œuvre dense et captivante.
«Sukholytkyy-Sobchuk étire ses plans, passant d’une beauté agitée à une jubilation espiègle. On retrouve une filiation avec un certain cinéma yougoslave, et même russe. Au final, une dynamique émotionnelle transcendée par une réalité­ sociale et politique. De quoi écorcher les âmes.» (L’Humanité)
«Pamfir est un film de genre qui mêle avec habileté mais sans aucun artifice les décors de l’Europe de l’Est et les codes du western, le folklore à la tragédie, le mythologique au politique, le film noir et la comédie. Le cinéaste passe d’un genre à l’autre, non pour faire une démonstration de virtuosité, mais pour servir la dramaturgie de ce film à la fois limpide et puissant.» (Positif)
«Entre western poisseux et polar du dernier coup, ce remarquable film confère au genre la grandeur d’une mythologie politique qui regarde à l’est se lever l’apocalypse.» (Le Monde)
«Sans jamais tomber dans l’esthétisation vaine, Sukholytkyy-Sobchuk parsème le film de tableaux aux frontières du réel (la fuite des contrebandiers dans la forêt, l’arrivée au carnaval, le salon insensé du garde-forestier), dévoilant un théâtre hostile et sauvage, tout en bois, boue et brume.» (Libération)

juin 2024      
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